Mercredi du poète

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Date de création : 28.01.2011
Dernière mise à jour : 23.04.2014
39 articles


François-Xavier Maigre

Publié le 23/04/2014 à 22:13 par mercredidupoete

Séance du mercredi 28 mai 2014, François-Xavier Maigre présenté par Stéphane Bataillon.

Dominique Dou

Publié le 23/04/2014 à 22:06 par mercredidupoete Tags : soi poème livre monde chez extrait livres

Bernarf Fournier a invité Dominique Dou au café le François-Coppée, présentée par Thomas Compère-Morel.

Le présentateur connaît cette œuvre riche et rare de seulement deux livres pulbiés chez Dumerchez. Il interroge Dominique Dou qui répond longuement et lit des poèmes.

L'accueil du public a été intense et attentif à cette voix engagée sans qu'elle ne se dévoile. Dominique Dou revendique une ceraine obscurité si elle vient de l'obscure qui est en soi; le poème est une poignée de mains.

Les poèmes viennent comme çà, après maturation mais sans ratures; ils sont agencés ensuite pour devenir un livre, et non un recueil.

Extrait: « On me dit qu’il faut faire/ un tintamare de tous les diables/-quand on est poète/ davantage de bruit/ […] pour réparer la peau du monde », tiré de Dans le Morde, chez Dumerchez.

Philippe Blondeau

Publié le 27/03/2014 à 10:07 par mercredidupoete Tags : oiseau

Bernard Fournier a invité Philippe Blondeau  au café le François-Coppée, présneté par Tristan Félix.

On a insisté sur les poèmes à forme fixe, et sur l'autoportait à l'oiseau. Riche argumentation de Tristan Félix er réponses circonstanciées de Philippe Blondeau. Bel énchage avec le public.

Denise Desautels

Publié le 27/02/2014 à 20:07 par mercredidupoete Tags : poème centerblog belle moi monde mort travail texte nuit livres

Belle après-midi au café le François-Coppée, où Françoise Ascal, toute nouvelle lauréate du prix Louis-Guillaume du poème en prose, a introduit, de façon brève et dense, l'œuvre de Denise Desautels.

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Au commencement , “d’ étranges forces obscures” , selon l’expression d’Anne Hébert. Un “noir de source” contre lequel il faut lutter. L’écriture s’engage comme une traversée de la nuit, un combat contre tout ce qui étouffe et réduit l’être . Une résistance au malheur qui frappe très tôt : la mort brutale du père dans la petite enfance, suivie par d’autres morts proches qui forment un dur noyau de deuil . Centre magnétique qui happe les mots dès l’origine , les travaille au corps, mais sans les détruire, sans leur retirer la possibilité de rejaillir sous une forme rayonnante. Travail de métamorphose propre aux “archéologues de l’intime ” . Transmutation d’une matière singulière en objets de partage, rejoignant la part universelle qui habite chacun d’entre nous. « Décaper l’intimité. Soulever une ombre, puis une autre, il y a tant de résistances jusqu’à l’histoire vraie, l’ossature grêle qui protège l’âme. » écrit-t-elle.



L’écriture de Denise Desautels est habitée par une urgence, par une fièvre qui la pousse à visiter sans complaisance tous les recoins de l’être.« J’écris pour affronter mon propre cri, si semblable à tant d’autres, afin d’éviter qu’il se propage dans le monde, un monde qu’il ne faut surtout pas abandonner à lui-même; j’écris pour vivre mieux, pour que tout grandisse en moi et tout autour », dit-elle.

Les thèmes récurrents de l’ œuvre sont sans cesse approfondis, bousculés par l’exercice de la lucidité autant que par les provocations que Denise Desautels se choisit pour “dépayser” sa langue et déplacer son imaginaire. Ainsi croise-t-elle souvent son chemin avec celui des plasticiens pour faire naître un autre regard à la faveur de ce dialogue.Monique Bertrand, Betty Goodwin, Michel Goulet, Alain Laframboise, Francine Simonin, Martha Townsend, Louise Viger, et d’autres que vous découvrirez tout à l’heure.

Aujourd’hui, Denise s’attardera particulièrement sur 3 ouvrages parmi ses nombreuses publications.Tombeau de Lou( écrit après la disparition de l’amie d’enfance, l’amie-sœur entre toutes , Le Noroît 2000) ,L’Angle noir de la joie( paru à l’occasion de la remise du prix Jean Arp 2011, coédition Le Noroît/ Arfuyen) et le récent  Sans toi je n’aurais pas regardé si haut( adressé au fils, Le Noroît, 2013). Ces 3 livres sont emblématiques de toute l’œuvre. On y retrouve ce qui en constitue la matière singulière : une descente dans l’opacité de la douleur ( une douleur qui n’est jamais repliée narcissiquement sur elle-même, mais ouverte, en résonnance avec les drames du monde) et une volonté de faire varier les points de vue et les outils :

-travail de la prose et du souffle long (Tombeau de Lou)

-travail du vers au rythme nerveux , hachuré (L’Angle noir de la joie)

-poème proche de la lettre, voire même de « l’aveu » (Sans toi je n’aurais pas regardé si haut,qui pourrait être sous-titréeLettre à mon fils)

-dialogue constant avec les artistes visuels, principalement avec les contemporains, même si on peut rencontrer au détour d’une page Rembrandt ou Gorges de La Tour .

-présence abondante de citations et références puisées au fil de ses lectures, comme une mise en commun de sa propre bibliothèque . Très souvent aussi des dédicaces significatives, comme dans le texte « Et nous aurons des filles » dédiée à Annette Messager, Marjane Satapri et Kara Walker. Hommage autant que de dialogue.

 

On l’aura compris, à travers cette palette qui s’ancre dans l’autobiographie, il s’agit d’entrer en résistance pour transformer ce qui peut l’être, si peu que ce soit, à l’intérieur de cette zone délicate où l’intime et le politique se rejoignent.

Il s’agit de vigilance : sonder la mémoire et ses failles, affûter la vision et s’ouvrir toujours plus au partage.

 

Françoise Ascal

 

*Quelques courts passages de ce texte sont issus d’une précédente présentation de Denise Desautels par Françoise Ascal publiée dans la revue Gare Maritime en 2004.

 

Gérard Pfister

Publié le 27/01/2014 à 17:42 par mercredidupoete Tags : image centerblog

Gérard Pfister a conquis le public du Mercredi du poète le 22 janvier 2014.

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Denise Desautels

Publié le 27/01/2014 à 10:06 par mercredidupoete

La prochaine éance du Mercredi du poète sera consacrée à Denise Dsautels le mercredi 26 février 2014

Programme 1er Trimestre 2014

Publié le 05/01/2014 à 22:02 par mercredidupoete Tags : Programme roman background belle element

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Premier trimestre 2014

 

Mercredi 22 janvier

 

Invité Gérard Pfister

Présentation Françoise Siri

 

Mercredi 26 février

 

Invitée Denise Désautels

Présentation par Françoise Ascal

 

 

Mercredi 26 mars

 

Invité Philippe Blondeau

Présentation par Tristan Félix

 

Bernard Fournier, fournier.olive@orange.fr, mercredidupoete.centrerblog.net

 

vous souhaite une belle année poétique

 

« C’est la gloire des simples que d’épier la lumière » Jean Métellus

Mireille Fargier-Caruso

Publié le 29/11/2013 à 00:18 par mercredidupoete Tags : image centerblog monde nature
Mireille Fargier-Caruso

DSCN3524_2.jpgBrigitte Gyr a présenté l'œuvre de Mireille Fargier-Caruso:

 

Qui parle
dans nos corps?
Qui creuse
sans aucun bruit?
Qui officie 
dans notre dos?
 
Qui décide
de la beauté
de son effondrement ?
 
 
 
 
Petite
sous l'escalier
elle se croyait à l'abri
de quoi? 
 
 

A lire Mireille Fargier-Caruso, philosophe de formation (elle a été enseignante), on est frappés par la cohérence de l’œuvre autant que par sensualité de l’écriture tantôt mouvements brefs et vifs, tantôt phrases amples. C’est une poète de l’ancrage : dans la nature qui lui est essentielle- tant solaire que nostalgiqueJe modèle en ronds adoucis / chaque regretdans le corps qui sert de médiation à l’émotion. Sur sa palette, l’enfance côtoie l’âge adulte,venus par effraction /nous sommes nos enfances /à jamais perdues,la nature côtoie la ville, l’amour le désamour, dans une magnifique et constante ambivalence entre le clair et le sombre, le beau et le laid, le joyeux et le triste. Une poète aussi de l’engagement, à la lucidité à toute épreuve, dont la sensibilité à l’éphémère, au dérisoire n’altère aucunement son lien au monde, sa conscience des autres.

 

Brigitte Gyr

 

Nohad Salameh

Bernard Fournier a présenté le dernier livre de Nohad Salameh, D'autres annonciations::

 

Nohad Salameh, par son nom, par le titre de certains de ses livres, Baalbek, par exemple en 2007, nous vient d'Orient, plus précisément du Liban. Et si elle est venue en France, c'est pour échapper à la guerre. Tout en rejoignant son mari, le poète Marc Alyn. Ainsi résumé le parcours de la poète d'aujourd'hui, nous pouvons éclairer son œuvre par la résonance que donne chacun de ces trois mots: l'Orient, la poésie et l'amour.

La poésie de Nohad Salameh est toute d'une voix, mais c'est une voix multiple. Elle dispose d'une voix identique à elle même, à ce qu'elle fut dès le premier vers posé sur la feuille. Il y a là comme une destinée, un avenir donné par l'oracle. Le titre de cette anthologie, D'autres annonciations appelle cette visée qui part de l'enfance pour arriver à l'âge mûr: le chant du poète prévoit l'avenir et trace le sillon qu'elle a indiqué dès le mot inaugural:

 

I

Le Liban, l’Orient

 

Le Liban, terre natale du poète, c'est l'Orient, le poète le précise elle-même dans une formule proche de celle qu'on emploie pour distinguer la France parmi les nations chrétiennes: «la fille aînée de l'Orient »1Formule, qui désigne ici la ville de Beyrouth, formule paradoxale puisque précisément le Liban se situe à cette frontière entre l'Occident et l'Orient de par son histoire et sa géographie. Cette fille aînée, c'est celle qui reçoit cet héritage l'imaginaire de l'Arabie heureuse autant que les drames qui la fondent de nos jours. Même si Byblos est la plus ancienne cité, Beyrouth est l'antique Beyrite phénicienne. Être né là forme un destin à nul autre pareil.

 

La guerre

 

Mais la première parole du poète à propos de son pays et de sa ville, ce sera celle de la violence, de la guerre: « J’arrive de là-bas/où l’on entend des râles de crépuscules »2Comme si le soleil lui-même était en proie à la souffrance.

De nos jours encore, l'Orient, c'est la guerre. La guerre du Liban a duré vingt-cinq ans (197-1990); aujourd'hui c'est la Syrie, avant, après tant d'autres pays voués au feu et au sang.Tout meurt, et la violence détruit tout sur son passage: « il y eut un moulin noir – la guerre/ réduisant en farine pourpre nos cent mille ans d’enfance »3Par l'oxymore faisant coïncider le noir et le blanc de la farine, le poète met l'accent sur cette machine à broyer qu'est la guerre.

Dès lors, cet Orient fait-il encore rêver? Qu'il soit en proie aux révolutions, aux dictatures ou aux intégrismes, le Moyen-Orient n'a plus rien de l'Arabie heureuse des contes desMille et une nuits qui ont forgé une grande partie de notre imaginaire4.

Nohad Salameh est marquée à tout jamais par cette guerre civile.

 

 

L'enfance, les parents

 

Malgré tout dans l'imaginaire de Nohad, existe-t-elle cette Arabie heureuse, notamment quand elle évoque les premières installations d'avant les Grecs: « Celle venue d'Orient/ escortée de ses phénicies/ ses alphabets/ et ses dieux d'outre ciel arbore la fracture de la terre/ et la déchirure de vos regards »5 La Phénicie, c'est le pays des ancêtres commerçants, de la paix, d'une antiquité qui fait rêver à une vie antérieure où peut-être régnait le bonheur. « et l'eau rejoint l'infini, échafaudant mille Phénicies au fond des cristalleries. »6Tout est ici de transparence, comme si l'origine était douée de pureté davantage que le présent.

De fait, le poète naît, comme Vénus, véritablement sortie des eaux: « Je surgis d’une cité de phares, d’obélisques et de veaux d’or »7Ces éléments d'apparence disparate semblent davantage se référer à l'Egypte qu'au Liban; qui accentue le caractère historique de ce pays, voire son épopée pour en accentuer la virginité et l'éclat.

Eclat d'autant plus fort, et d'autant plus douloureux, que pour Nohad ce pays, c'est celui de son enfance et ses parents, voués à la guerre: « Entre nous meurent la cité les contes des rois/ la voix de mon père nos signatures les miroirs »8Les histoires enfantines, lesMille et une nuits.Mais avec elles, avec les livres, ce sont les parents qui meurent emmenant dans leur tombe leur pays et son enfance.

Nohad, dansLa Revenante, évoque avec émotion ses parents et par le même coup cette enfance, cette « inguérissable enfance »9; c'est aussi, dans la mémoire de Nohad, le temps d'avant la guerre, celui de la paix, le « jardin des Hespérides »10, en un mot, le Paradis. Et pour emprunter de nouveau un terme biblique, elle devient « l'épiphanie du Retour »11. C'est-à-dire qu'elle revient comme une apparition à ses parents qui la célèbrent.

Tout un ensemble de poèmes évoquent ce pays d'Eldorado, « mon pays d'origine » dit-elle: « Je parle d’un pays »12. davantage qu'un arpent de terre, c'est le sol de l'enfance que Nohad chante ainsi.

 

 

L'exil

 

Mais au sortir de l'enfance, il a fallu quitter le Liban: c'est l'exil.

Nombre de titres de poèmes évoquent l'idée de passage: La Revenante, la Passagère, « Passagère de la durée », « Visiteurs aux portes du jardin » La Visiteuse, Lieux visiteurs. Le poète ne s'inscrit pas dans la statique, mais dans le mouvement puisqu'elle a dû fuir et que de cette fuite est né le sentiment inaltérable de la mutation toujours en train de se faire.

Mais il semble, que, le temps aidant, le poète ait réussi à se détacher de son pays, donc de son enfance et de ses parents. En effet nous lisons à plusieurs reprises l'expression selon laquelle le poète serait un exilé: « Je viens de nulle part et de partout »13« J'arrive de partout et de nulle part […] une Blessure d'Orient »: 14« toujours étrangère (…] celle qui n'est d'ici ni de là-bas »15 Est-ce l'exilée qui parle ainsi? L'absence de lieu défini adoucit d'une certaine manière l'exil.

L'exilée ne serait plus de son pays d'origine, tout en n'étant toujours pas de son pays d'accueil, et l'on comprend pourquoi l'exilée est toujours de nulle part.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II

L’amour/ la mort

 

Mais paradoxalement l'exil c'est aussi l'amour qui a provoqué son arrivée en France. L'amour est un des sources d'inspiration de l'écriture de Nohad. L'amour avec ses épreuves mortellesn mais aussi sa poésie.

 

 

Amour renaissance

 

Conformément à la tradition poétique, et plus sûrement la tradition orientale, l'amour transcende l'être qui brûle: « et t’aimerai pareil à un grand feu/ en signe de célébration »16.Et d'une certaine manière, cette fois selon la tradition occidentale, l'amour est fusionnel, l'un se fondant dans l'autre pour ne plus faire qu'une seule personne et il englobe alors l'humanité tout entière: « l’amour est la somme de tous les amours »17. L'amour donne un sens universel à celui qui aime.

Il donne à la femme une nouvelle vie, et, en corollaire, de nouveaux sens, tel celui de la vue: « Depuis que tu fais usage de mes prunelles/ je distingue mieux les lointains »18. L'autre, l'amant, prend lieu et place de la femme aimée, qui à son tour, dispose d'un nouveau regard.

De façon tout aussi traditionnelle, l'amour apporte une nouvelle naissance: « Nous consentons enfin à naître/ chacun remettant l’autre au monde/ et nous redessinons l’inusable médaille/ de nos deux effigies, face et profil:/ simple pièce de monnaie pour payer le passage »19« Pour payer le passage » dit-elle, comme si cette naissance était une mort, qu'il fallait payer son tribut pour honorer le passeur vers l'autre rive de l'Achéron. Nous avons donc une naissance à l'envers. Il semble en effet, que l'amour ici s'accommode sans cesse de la mort.

 

 

Mort

 

En parallèle avec l'amour, on le sait, rôde la mort. Nohad est « fille aînée du Levant en proie au sacrifice »20De quel sacrifice s'agit-il? La femme, le poète accepte la mort, une mort certes toute biblique et symbolique sans doute, mais mort tout de même. Mort à soi-même, à une partie de soi-même; l'amour demande une certaine abnégation qui permet de devenir autre tout en restant soi-même.

L'amour peut même devenir injonctif: « J'écoute la voix de mon amour qui me somme de partir afin de le rejoindre là où le temps n’a pas vieilli »21Ce lieu où le temps n'a pas de prise, quel est-il sinon celui de la mort; et on voit combien celle-ci est acceptée, même s'il convient de« tenir « à distance la mort »22.

La mort, Marc l'a côtoyée de près et Nohad aussi qui l'a formidablement secouru pendant toutes ces années, était prête à assumer le pire: « je fis connaissance avec tes combats perdus »23

Et de fait, alors, elle acceptait de partir avec lui de mourir avec lui: « presque deux mourants volontaires »24

Ainsi, elle peut dire: « nous recomposons l'aube du monde […] nous revenons de tant de comas »25L'on sait qu'un coma c'est aussi un silence. Les deux poètes reviennent du monde muet où la maladie les a forcés à vivre. Ils en ressortent plus fort, comme ceux qui ont par deux fois traversé l'Achéron.

 

 

La poésie

 

Mais puisque qu'ici il s'agit de deux poètes, l'amour et la mort vont venir côtoyer l'écriture. Avant d'aborder spécifiquement cet aspect, voyons comme l'amour mène au poème.

« Demain/ nous confondrons nos écritures »26L'avenir donne une autre chance à la poésie, le poète s'imagine fondre la plume comme l'amour fond les corps. Mais est-ce vraiment possible, est-ce vraiment souhaitable? Quand Nohad parle de confusion, de fusion des écritures, elle demeure au futur, remarquons-le. C'est une sorte d'avenir en forme d'idéal qu'elle imagine. C'est essentiellement une preuve d'amour, une des manifestations de l'amour.

 

Ayant vaincu la mort, les poètes savent que « Désormais il nous sera interdit de situer notre poésie hors de la pesanteur du temps »27La leçon qu'ils tirent de cette expérience à nulle autre pareille, et que peu d'hommes font, leur permet de rejoindre le réel, le temporel, l'ici et maintenant. Le temps devient non plus un adversaire, mais un poids heureux, de celui qui enfonce le corps dans la terre nourricière.

 

 

 

 

III

Le chant

 

La poésie est ainsi redécouverte, renouvelé, ressourcée par les amants, par le poète. On peut imaginer aussi que la femme née au Liban donne à sa poésie une certaine couleur. Je ne veux pas parler ici du chatoiement des vers orientaux mâtinés de surréalisme, mais de la forme même du poème, de sa forme extérieure, qui en dit long sur le point de vue du poète, sur sa visée poétique.

 

 

L'autre écriture

 

A côté de l'épopée,qu'elle qualifie de plante de serre,Nohad nous parle de l'élégie; genre donnant une poésie tendre et triste qui donne des « paroles d’orange […] les élégies du soir »28au moment où l'angoisse point de peur que le jour ne revienne plus. Au moment où le jour meurt, l'homme se sent mourir lu aussi un peu: « Morte deux fois: du mal de me perdre/ Morte et une ville de plus s'effondre »29 Nohad parle même d'Élégie blanche30 à propos de la mort de sa mère, « élégie blanche en mon sang » qui vient donner la mort dans les veines, dans le corps même du poète.

Mais outre ces deux genres, Nohad choisit une autre écriture, pour reprendre le titre d'un recueil de 1987. Une autre écriture, une écriture de biais, la seule possible face à la guerre, au désespoir et à la maladie. Une écriture de résistance.

Car « Il s'agit de s'enfuir dans une autre durée, chacun déguisé en l'autre, chacun fermant les paupières du suivant »31 L'autre écriture, c'est cette autre durée, celle qui n'est pas du temps présent mais fait échapper vers la vie quand tout résonne d'obus et d'incendies dans la ville. Cette « écriture d'incendie/ sous la plume du poète »32 vise à détourner de soi la flèche des tireurs guerriers pour mieux sertir en son sein « Les syllabes de verre dans la bouche du muet »33 de ceux qui sont morts à côté de soi. Il faut sonner une parole à ceux qui ne peuvent plus parler, même si « les paroles saignent entre mes doigts »34, même si « Elle n'a droit qu'à l'usufruit de ses syllabes »35.

« Mais surtout apprendre à parler la langue du mirage/ lorsque l'image se fracture/ dans l'éloquence du miroir/ laissant quelque nuance de vert/ sur le cil de l'extasiée »36 L'autre écriture, c'est aussi, c'est encore cette « langue du mirage » qui veut sortir par le haut de la réalité affreuse du monde. C'est une écriture de survie, une écriture de résistance, même et sans doute une écriture engagée.

 

Le silence

 

Nous savons que la maladie a fait perdre au poète sa voix, heureusement retrouvée depuis. Cette expérience du silence va trouver un écho dans l'œuvre de Nohad. Elle entend le ton cassé de la voix de l'amant: « les syllabes de verre dans la bouche du muet »37Mais ce sont bien des mots qui sortent de cette bouche brisée même s'il sont cassants, même s'ils sont transparents, même s'il sont déchirants. Même s'ils sont à peine audibles, proche du silence.

Le silence, davantage qu'une recherche qu'il est souvent dans la poésie contemporaine, est ici un constat; cependant il peut devenir plaisir: « Volupté de se taire après tant de migrations ! »

 

Le silence c'est aussi la mort dès que le poète aura terminé son chant: « Sitôt partis/ quelqu'un rouvre la porte/ pour qu'entre le silence »38Écoutons ce poème en entier qui résume de façon abrupte la destinée du poète qui réduit sa parole par ce vers premier: « Nous sommes un résidus d'images » La poésie et ses mirages de vocabulaire et de tropes, nous trompe; on lui préfère alors le silence.

En réalité, c'est l'apparence du silence qui séduit, car le chant est primordial: « Nous faisons semblant de chanter en silence »39A contrario, le poète chante à haute voix pour nier le silence.

Silence, silence de la mort, silence du mort: « Ce cœur qui se mêle au feu/ avec ses brebis florales/ et son soleil barbare/ capture le chant du cygne/ à l’étal du matin »40Dans la mythologie poétique à l'époque du romantisme, le chant du cygne est un chant, le dernier et le plus beau. L'ensemble des mots de ces vers nous met en face d'une scène d'une grande violence, comme si on abattait l'animal, du sang rouge sur le blanc de la fourrure et les ailes: le chant est au prix du sacrifice, on l'a vu plus haut. Sacrifice non volontaire, bien sûr, épreuve exceptionnelle. On se souvient de ces vers de Musset: « Les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux », dans le pur romantisme qui associait à l'époque aussi le chant du cygne comme l'aboutissement ultime de la beauté; nous ne serions pas loin ici d'un certain romantisme, mais plus sincère, plus tragique, plus vrai.

 

 

Douleur

Car le chant, chez Nohad, se fait le plus souvent dans la douleur: « les paroles saignent entre mes doigts »41Le poète prend son poème à pleines mains et l'on dirait que ce sont elles qui font mal, comme si c'était le départ, l'envolée des mots qui faisait souffrir. Le dilemme de l'artiste est d'exprimer son malaise intérieur dans une voix audible pour les autres, de transposer son mal vers l'extérieur.

Le poète ressent cette ambivalence qu'elle porte dans une métaphore suggestive: « En moi tout appartient à l’écorce/ je me confonds pêle-mêle avec mes silhouettes antérieures/ et module du dedans ma plaie/ avivée par l’attente »42 L'écorce est ce lieu double en contact à la fois vers l'intérieur et vers l'extérieur; à l'intérieur, toutes le vies de l'homme, toutes les épreuves que le poète a traversées et qui la font ce qu'elle devient; et ce devenir, c'est son chant, sa poésie, son poème que retient cette multitude de vies, de sentiments et de sensations.

Cette richesse intérieure faite bien souvent de souffrances amène la justesse du poème, sa vérité intrinsèque: « Nous sommes faits d'oubli/ de quelques pulsations/ et de peu de syllabes.../ 43» Le silence domine quand la douleur est trop forte, et il faut alors que la mémoire ne fasse plus son travail, ou plutôt qu'elle le fasse si bien que tout ne revient pas en surface, que l'oubli est nécessaire, important, souvent vital. L'absence de mots correspond ici à l'absence de mémoire.

Ce poème se poursuit malgré tout de façon positive dans une vision étonnante: « Nous sommes faits d'une poignées de cendres/ de villes barbelées/ obstruant le passage/ Mais en nos regards luit/ la splendeur inachevée du monde »44Le chant se module selon les affres de la vie, mais ce qu'il en ressort, ce que retient le poète, c'est l'annonce d'une vie nouvelle. Le chant rejoint la prophétie pour augurer des jours meilleures. La poésie c'est toujours l'aube du monde.

Ce dehors et dedans s'exprime par cette métaphore, toujours liée au milieu naturel: « la Terre en toi est à ras-bord/ prête à couler »45 Quelque chose se déverse du corps pour aller trouver l'extérieur, et que serait-ce sinon ce chant qui vient des profondeurs et qui se confond avec le chant de la terre? L'épanchement est cependant retenu; le poète déborde de mots et cherche en lui les plus aptes à exprimer son mal.

Nous retrouvons cet espace intermédiaire dans la comparaison végétale: « Danse donc à l'intérieur du poème/ à la lisière de ta naissance:/ multiple »46 Le poète naît à chaque fois que naît le poème; l'identité est ainsi plurielle, comme les tons multiples qu'emploie le chant

 

 

 

 

 

 

Conclusion

 

 

Passagère, revenante, Nohad exprime le destin du poète qui ne vient que pour chanter, chanter ses douleurs pour adoucir les nôtres.

Poète au destin exceptionnel, le poète sait transcender sa poésie pour lui donner des accents toujours nouveaux qui inventent une autre écriture.

On a vu que l'amour autant que la guerre et la mort ont inspiré ces vers. Et que le silence pouvait être une tentation comme un aboutissement.

Mais davantage peut-être encore, Nohad place sa vie sous les arcanes de mystères de la naissance et des augures. Songeons au titre de son anthologie:D'autres annonciations. D'emblée elle se situe an dehors de la mythologie chrétienne; mais le mot dit assez qu'elle envisage sa naissance comme ayant été prévue de longue date. Les prophètes sont présents dans cette œuvre qui disent que Nohad est en route pour charmer son peuple:« Mon chant s’amplifie au point que je ne puis le porter seul./ Je module comme cheminent les prophètes »47Ainsi, le poème s'augmente de son silence et qu'il s'élargit au dimensions de plusieurs; il en devient parole oraculaire. Voix de Dieu pour annoncer l'avenir, le destin. Et la voix devient musicale.

Comme les enfants suivant le joueur de flûte d'Hamelin, Laissons-nous donc promener par cette enchanteresse qui nous vient de nulle part, d'un Orient sublimé, d'un Orient sacrifié, d'un Orient de mythologie, d'un Orient d'enfance pour nous chanter les désirs et les peurs de l'être universel.

 

Après ton avant-propos:  p. 137:La Maison des absents.

P. 48 ( la guerre).

140 (l'enfance) et 146 (la mort).

189 (L'exil):Blessure d'Orient.

107-108, I et II (l'amour).

149 N0 7 (la mort).

176-177 (la poésie):L'Intervalle.

142 (l'élégie):Eux.

182(le silence):Identité II.

15 (douleur) et page 183 pour terminer.

1152

2 90

3 36

4Jean Paul Giraux, Les Orientales de Nohad Salameh, Poésie/ Première n° 43, mars-juin 2009, pp. 13-18.

5187

6151

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Salah Stetié

Publié le 14/10/2013 à 14:53 par mercredidupoete Tags : photo centerblog
Salah Stetié

Nous avons regretté l'absence de Salah Stetié, empêché à la dernière minute pour raison de santé. Nous lui souhaitons le meilleur rétablissemnt possible.

Nous remercions Guy Chaty qui a bien voulu lire des textes au pied levé.

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